Finance
Plus-value de cession d'entreprise : comment être exonéré
Publié le · 7 min
La rédaction de Groupe Segnere · comment nous travaillons
Résumé
- La plus-value professionnelle est imposée par défaut au PFU de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux).
- Trois dispositifs d'exonération existent : selon le chiffre d'affaires (art. 151 septies), la valeur de l'entreprise (art. 238 quindecies) ou le départ à la retraite (art. 151 septies A).
- L'apport-cession permet un report d'imposition si la holding réinvestit au moins 60 % du produit de la cession dans un délai de 24 mois.
- L'anticipation est essentielle : les régimes exigent souvent une activité exercée depuis au moins 5 ans et le respect de délais stricts.
La cession de votre entreprise est l’aboutissement de nombreuses années de travail et d’investissement. C’est une étape cruciale, autant sur le plan personnel que financier.
Une ombre vient souvent obscurcir ce tableau : l’imposition de la plus-value réalisée. Sans une bonne préparation, cette fiscalité peut considérablement réduire le fruit de vos efforts.
Des solutions existent. Le législateur a prévu plusieurs dispositifs permettant d’alléger, voire de supprimer totalement, cet impôt, pour optimiser la transmission de votre société.
Ce guide aborde pas à pas les trois principaux dispositifs d’exonération basés sur le chiffre d’affaires, la valeur de votre entreprise ou votre départ à la retraite. Il explore également une alternative stratégique, le report d’imposition, pour ceux qui souhaitent réinvestir.
Qu’est-ce que la plus-value professionnelle et comment est-elle imposée ?
La plus-value professionnelle est la différence positive entre le prix de vente d'actifs de votre entreprise (titres de société, fonds de commerce, brevets) et leur valeur d'origine dans vos comptes. Elle est imposée selon qu'elle est à court terme (biens détenus moins de 2 ans) ou à long terme (plus de 2 ans), avec un régime de faveur pour cette dernière.
La plus-value professionnelle correspond à la différence positive entre le prix de vente d'actifs de votre entreprise (titres de société, fonds de commerce, brevets) et leur valeur d'origine dans vos comptes. L'administration fiscale impose ce gain selon un mode de calcul qui dépend d'une distinction fondamentale.
Plus-value à court terme ou à long terme
La nature de la plus-value dépend de la durée de détention des biens cédés.
- La plus-value à court terme (CT) : biens détenus depuis moins de 2 ans. Elle est traitée comme un bénéfice classique, ajoutée au résultat de l'exercice et soumise au barème progressif de l'impôt sur le revenu (IR) en entreprise individuelle, ou à l'impôt sur les sociétés (IS) si votre société y est soumise.
- La plus-value à long terme (LT) : biens détenus depuis plus de 2 ans. Elle bénéficie d'un régime de faveur.
L'imposition par défaut : le PFU de 30 %
Par défaut, les plus-values à long terme réalisées par une personne physique lors de la cession des titres de sa société sont soumises à la flat tax, ou Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU). Ce prélèvement de 30 % se décompose ainsi :
- 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu.
- 17,2 % au titre des prélèvements sociaux (CSG, CRDS…).
C'est ce PFU de 30 % que les dispositifs d'exonération visent à réduire ou à supprimer totalement.
Avant de céder, pensez à estimer votre revenu net avec un simulateur de revenu indépendant.
La fiscalité sur la plus-value n'est pas une fatalité : des dispositifs d'exonération totale existent, liés à la taille de votre entreprise ou à votre départ en retraite.
Les 3 grands dispositifs pour une exonération de plus-value
Trois dispositifs permettent une exonération totale ou partielle de la plus-value. Chacun vise une situation distincte : identifiez celui qui correspond à votre projet.
1. Exonération selon le chiffre d'affaires : l'article 151 septies du CGI
L'exonération dépend des recettes de l'entreprise.
- Pour qui ? Surtout les entrepreneurs individuels (EI) et les associés de sociétés de personnes (SARL de famille, EURL, SNC…) exerçant leur activité dans l'entreprise.
- Conditions clés : activité exercée au moins 5 ans et cession de l'intégralité des éléments de l'actif affectés à l'exploitation (branche complète ou totalité de l'entreprise).
- Seuils : moyenne des recettes hors taxes des deux années civiles précédant la cession.
| Type d’activité | Exonération totale si CA < | Exonération partielle si CA entre |
| Vente de marchandises, restauration, hébergement | 250 000 € | 250 000 € et 350 000 € |
| Prestations de services (BNC et BIC) | 90 000 € | 90 000 € et 126 000 € |
- Point d'attention : la plus-value est exonérée d'impôt sur le revenu, mais les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus.
2. Exonération selon la valeur de l'entreprise : l'article 238 quindecies du CGI
Ce mécanisme se fonde sur la valeur des éléments transmis, non sur le chiffre d'affaires.
- Pour qui ? Cession d'une entreprise individuelle, d'une branche complète d'activité ou de l'intégralité des droits d'une société de personnes.
- Conditions clés : activité exercée au moins 5 ans et absence de contrôle du cédant sur l'entreprise acheteuse.
- Seuils : exonération totale si la valeur cédée est inférieure à 500 000 € ; partielle et dégressive entre 500 000 € et 1 000 000 €.
- L'avantage : sous réserve des conditions, exonération d'impôt sur le revenu ET de prélèvements sociaux.
3. Exonération pour départ à la retraite : l'article 151 septies A du CGI
Ce régime accompagne le dirigeant qui cède pour prendre sa retraite.
- Pour qui ? Le dirigeant d'une PME cédant l'intégralité de ses parts ou son entreprise individuelle.
- Conditions clés : activité exercée au moins 5 ans ; cessation de toute fonction et droits à la retraite dans un délai de deux ans (avant ou après la cession).
- Le fonctionnement : exonération totale de l'impôt sur le revenu sur la plus-value.
- Point d'attention : les prélèvements sociaux restent dus sur la plus-value.
En résumé : Trois dispositifs permettent une exonération totale ou partielle de la plus-value : l'article 151 septies selon le chiffre d'affaires, l'article 238 quindecies selon la valeur de l'entreprise et l'article 151 septies A pour le départ à la retraite.
L’alternative stratégique : le report d’imposition via l’apport-cession
Parfois, les conditions des régimes d’exonération ne sont pas remplies ou l’objectif n’est pas de cesser toute activité, mais plutôt de réinvestir. Dans ce cas, il existe un mécanisme d’optimisation fiscale extrêmement puissant : l’apport-cession, encadré par l’article 150-0 B ter du Code général des impôts.
Le principe : reporter l’impôt pour mieux réinvestir
Attention, il ne s’agit pas ici d’une exonération qui annule l’impôt, mais d’un report d’imposition. L’idée est simple : au lieu de payer immédiatement 30 % de PFU sur votre plus-value, vous « geler » cette imposition pour utiliser 100 % du produit de la vente dans de nouveaux projets. L’impôt ne sera dû que plus tard, lors de la cession des nouveaux titres acquis.
Comment ça marche concrètement ?
Le mécanisme se déroule en trois temps :
- Apport : Vous (le dirigeant) n’allez pas vendre directement les titres de votre société (la cible) à un acheteur. D’abord, vous les apportez à une nouvelle société holding que vous contrôlez. En échange, la holding vous remet ses propres titres. Cette opération d’apport bénéficie d’un sursis d’imposition : la plus-value est constatée, mais pas encore taxée.
- Cession : C’est ensuite votre holding qui cède les titres de la société cible à l’acheteur final. La holding reçoit donc 100 % du prix de vente, sans aucune fiscalité à ce stade.
- Réinvestissement : Pour que le report d’imposition de l’étape 1 soit maintenu, la holding a l’obligation de réinvestir une partie du produit de la vente.
L’obligation de réinvestissement
C’est la condition clé pour que le montage soit valide. La holding doit réinvestir au moins 60 % du produit de la cession dans un délai de 24 mois.
Ce réinvestissement doit financer une activité économique (commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole ou financière). Cela peut se faire via :
- L’acquisition d’une autre entreprise.
- La souscription au capital de jeunes sociétés innovantes.
- L’investissement dans certains fonds de capital-risque (FPCI, FCPR, SCR…).
Cette stratégie est idéale pour les entrepreneurs qui souhaitent rester actifs et se positionner comme des « business angels » ou développer un nouveau pôle d’activité.
Excellent. Pour synthétiser toutes ces informations et offrir une vue d’ensemble, voici le tableau récapitulatif.
Restez vigilant face aux offres de réinvestissement douteuses et consultez notre avis sur cette arnaque.
Tableau récapitulatif : quel dispositif choisir ?
Face à ces options, le choix n'est pas évident. Le tableau ci-dessous résume les caractéristiques de chaque mécanisme pour identifier rapidement le plus pertinent pour votre situation.
| Dispositif | Condition Principale | Nature de l’Avantage | Impôt sur le Revenu | Prélèvements Sociaux | Idéal pour… |
| Art. 151 septies | Chiffre d’affaires < 250k€ ou 90k€ | Exonération totale ou partielle | ✅ Exonéré | ❌ Dus | Les petites entreprises (TPE) cédant leur activité. |
| Art. 238 quindecies | Valeur de cession < 500k€ | Exonération totale ou partielle | ✅ Exonéré | ✅ Exonérés | La cession d’une PME de valeur modeste, optimisant l’impôt et les charges sociales. |
| Art. 151 septies A | Départ à la retraite du dirigeant | Exonération totale | ✅ Exonéré | ❌ Dus | Le dirigeant qui cesse toute activité pour prendre sa retraite. |
| Art. 150-0 B ter | Réinvestissement de 60% du produit de cession | Report d’imposition | ☑️ Reporté | ☑️ Reportés | L’entrepreneur qui veut réinvestir le produit de sa vente dans de nouveaux projets. |
Conclusion : anticiper pour mieux céder
La cession de votre entreprise ne s'improvise pas. La fiscalité sur la plus-value n'est pas une fatalité : des dispositifs d'exonération totale existent, liés à la taille de votre entreprise ou à votre départ en retraite, tout comme des stratégies d'optimisation comme l'apport-cession. Ces solutions préservent la valeur construite sur des années.
Le maître-mot est l'anticipation. Chaque mécanisme a ses conditions, notamment des durées de détention minimales de 5 ans et des délais à respecter. Préparez votre projet de cession bien en amont pour cocher toutes les cases le jour J.
Un projet de cession est unique, comme votre situation. Un diagnostic précis de votre entreprise et de vos objectifs personnels est la première étape d'une optimisation réussie.
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Questions fréquentes
Qu'est-ce que la plus-value professionnelle et comment est-elle imposée par défaut ?
La plus-value professionnelle correspond à la différence positive entre le prix de vente d'actifs de votre entreprise et leur valeur d'origine dans vos comptes. Par défaut, les plus-values à long terme réalisées par une personne physique lors de la cession des titres de sa société sont soumises au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 %, décomposé en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.
Quels sont les trois grands dispositifs d'exonération de plus-value ?
Il s'agit de l'exonération selon le chiffre d'affaires (article 151 septies du CGI), de l'exonération selon la valeur de l'entreprise (article 238 quindecies du CGI) et de l'exonération pour départ à la retraite (article 151 septies A du CGI). Chacun vise une situation distincte et comporte des conditions spécifiques.
Comment fonctionne le report d'imposition via l'apport-cession ?
Le dirigeant apporte les titres de sa société à une holding qu'il contrôle, puis la holding cède ces titres à l'acheteur final. Pour maintenir le report d'imposition, la holding doit réinvestir au moins 60 % du produit de la cession dans un délai de 24 mois dans une activité économique.
Quelles conditions faut-il respecter pour bénéficier d'une exonération ?
Chaque mécanisme a ses conditions, notamment des durées de détention minimales de 5 ans et des délais à respecter. Il est recommandé de préparer son projet de cession bien en amont pour cocher toutes les cases le jour J.
La rédaction de Groupe Segnere
Les guides sont rédigés à partir des textes officiels, des documentations des services concernés et des méthodes reconnues en gestion. Chaque article est relu avant publication par Juliette Achard, rédactrice en chef. Un guide est repris dès qu'une règle fiscale, une procédure d'accès ou une pratique de gestion évolue.
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